Les lisières
Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s occuper de ses parents « pour une fois », son père ouvrier qui s apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. Venu au chevet de sa mère malade, il croise quelques anciens amis perdus de vue et ce qui lui donne l'occasion de brosser le portrait d'ouvriers, d'employés, de cadres moyens en proie à la crise économique mais aussi à celle de la perte de repères. Oppressés par cette banlieue triste et cette absence de perspectives, ces hommes et ses femmes vivent une vie difficile faite de frustrations et de regrets.
Derrière la fiction, l'analyse sociale sonne avec une telle justesse qu'on a l'impression de découvrir ce qui est pourtant sous nos yeux depuis quelques années. Les lignes de faille de notre société qui sont aussi celle du héros se précisent : les ruptures urbaines entre les cités HLM et les habitats pavillonnaires qui les jouxtent, les racismes socio-professionnels et raciaux, les petits chefs, la dérive des sentiments, les clivages, le radicalisme, l'intolérance, la tristesse des villes et des hommes et le trop peu de nature
Olivier Adam écrit comme on parle, sans manière et parfois même de façon un peu vulgaire ce qui ne fait que rajouter à la crédibilité à ce roman, donnant ainsi de la sincérité à l'histoire. Véritable scanner de notre époque, j'ai pris ce livre en pleine figure, aussi violemment que lorsque j'ai découvert pour la 1ère fois le film adapté de son roman "Je vais bien, ne t'en fais pas". Malgré le fait qu'il m'aura fallu plus d'un mois pour finir ce roman, pas parce que c'est mal écrit, mais parce qu'il y régne une telle lourdeur, que j'ai eu besoin de le "digérer" à chaque chapitre, c'est un livre qui dit sans dénoncer.
Sa puissance réside dans son constat selon lequel nous avons tous une situation et quelle qu'elle soit, elle est toujours mieux ou pire que celle du voisin, ce qui ne nous empêche pas de comprendre le bonheur ou le malheur de l'autre et d'avoir un avis. C'est en somme en formidable appel à la tolérance, nous disant que si nous arrêtions de fonctionner en castes, de jalouser ou de mépriser, le monde serait un peu plus doux.
